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Le
bouddhisme est une des branches les plus vivaces de
l’Hindouisme. Mais il est né sur des malentendus. Bouddha
était tout sauf bouddhiste. Aussi, pour comprendre le phénomène,
découvrons-le !
Avec
350 millions d'adeptes dans le monde, le bouddhisme est l'une
des principales traditions spirituelles de l'humanité. Pour
comprendre cette «religion» au statut très particulier
(puisqu'elle est non théiste, agnostique, dirions-nous
aujourd'hui), il faut remonter jusqu'à sa source: à l'expérience
spirituelle de son fondateur.
Siddharta
Gautama est né vers le milieu du VIe siècle avant Jésus-Christ,
dans une caste aristocratique du sud du Népal, celle des Sakya,
ce qui lui vaudra plus tard le nom de Sakyamuni (sage de la lignée
des Sakya). Marié à 16 ans, il mène jusqu'à 29 une vie
heureuse de prince au palais royal de son père.
Se
produit alors l'événement décisif: au cours d'une promenade,
Siddharta rencontre successivement un vieillard décrépit, un
homme atteint de la peste noire et un cortège conduisant un
cadavre au bûcher pour la crémation. Le jeune prince nanti réalise
brutalement que, quelles que soient les conditions plus ou moins
heureuses de l'existence, chaque homme rencontrera sur son
chemin la vieillesse, la maladie et la mort. La question du sens
de la vie se pose soudain à Siddharta dans toute son acuité.
Il
partage la croyance unanime de l’hindouisme au samsara, cycle
des morts et des renaissances successives, auquel on ne peut échapper
à cause de la loi universelle de causalité (karma).
Pourtant,
comme certains de ses contemporains, Gautama croit qu'il existe
une issue, une libération possible du cycle infernal de ces
renaissances, causé par l'ignorance, qui maintient l'homme dans
la souffrance.
Pour tenter d'atteindre cette délivrance, il
s'enfuit du palais et mène pendant plusieurs années une vie
ascétique, se livrant à toutes sortes de mortifications. Mais
il reste insatisfait: persuadé que l'ascétisme rigoureux n'est
pas la voie du salut.
Changeant
de vie une fois encore, usant de toutes les techniques
disponibles, mais en vain, un jour, voulant traverser une
rivière, il sentit qu'il n'en n'avait pas la force, alors il se
dit: "Si je ne puis traverser cette rivière, comment
pourrais-je traverser le cycle des renaissances ?".
Epuisé,
il s'assit au pied d'un arbre, fermement décidé à en finir
avec la vie, et il plongea dans une profonde méditation qui dura
toute une nuit, et au terme, l' «éveil» (bodhi) arriva
à son insu, au moment ou il laissa tout tomber: il comprend la
vraie nature des choses, il trouve le chemin de la libération.
Siddharta Gautama est devenu l' «éveillé», un Bouddha.
Au
parc des Gazelles, près de Bénarès, il enseigne à quelques
disciples le cœur de sa doctrine (dharma), les
fameuses Quatre Nobles Vérités,
qui portent sur l'universalité de la souffrance (dukkha), son
origine, sa cessation, la voie qui conduit à sa cessation et à
la libération définitive
(nirvana).
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L'enseignement
du Bouddha repose aussi sur la notion d'impermanence: rien
n'est stable, tout est en devenir. L'homme n'échappe pas à cette loi: il
ne possède pas d'âme subs-tantielle
(doctrine du non-soi, anatta).
Au
fil des siècles et des cultures qu'il a investies, le
bouddhisme s'est souvent mué en religion populaire,
avec tout un panthéon de dieux et de pratiques superstitieuses.
Mais,
fondamentalement, il n'a pas d'autre ambition que d'
«éveiller» chaque homme, de lui faire vivre l'expérience
fondatrice du Bouddha, de lui permettre, par le moyen de
la méditation, et du renoncement psycho-logique de
parvenir à l'extinction du désir.
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Le
bouddhisme peut être ainsi vu comme une «doctrine-médecine»
à visée thérapeutique. Dans un sutra (parole du Bouddha) célèbre,
le Bouddha se compare lui-même à un chirurgien au chevet de
l'homme mortellement atteint par une flèche.
Le
chirurgien n'est pas là pour parler au mourant de l'identité
du tireur, de la nature de l'arc, de la distance du tir, etc. Il
lui faut uniquement enlever la flèche pour tenter de sauver la
vie du blessé. Le Bouddha considère les questions ultimes
touchant à l'absolu, au divin, comme des spéculations stériles
non pertinentes dans sa perspective pratique de libération.
«Ne
croyez rien, même de mon enseignement, sans l'avoir vous-même
vérifié par l'expérience», aimait-il à répéter.
Le
terme « bouddha » ne désigne pas un individu en
particulier mais un état, celui d'EVEILLE.
Gautama
n’était ni le premier, et n’est ni le dernier Bouddha.